Après un troisième rappel de produits issus de la production de l’atelier Blini, le 18 octobre 2018, voici que cette information est désormais publiée par la DGCCRF en date du 19 octobre : Avis de rappel d’entrées chaudes de la marque « l’atelier Blini ».

Il ne s’agit pas comme à l’habitude d’une simple information, mais d’un bref compte-rendu de ce qui semble s’être passé… j’y reviendrais un peu plus loin…

A noter aussi que le ministère de l’agriculture a lui aussi publié un communiqué de rappel le 19 octobre 2018, « Retrait et rappel de produits de la marque l’atelier Blini ».

Ce communiqué de retrait et rappel n’est pas le même que celui de la DGCCRF précité (ce n’est pas encore le grand amour, mais il y a des progrès…) ; le texte est purement informatif en précisant tout de même que « Cette mesure fait suite à un plan de contrôle renforcé après un rappel de falafels datant du mois d’août, réalisé en accord avec les pouvoirs publics».

Rappelons pour mémoire que l’atelier Blini a été concerné par deux rappels précédents :

Le 20 août 2018, la DGCCRF a publié un « avis de rappel de 8 falafels, pois chiches, carottes & coriandre, de la marque Atelier Blini » pour cause de présence de Listeria monocytogenes. Le site privé Oulah! avait publié cet avis dès le 17 août 2018. Un seul lot était concerné.

Le 10 octobre 2018, le site Oulah! a publié un nouvel « avis de rappel de 8 falafels, pois chiches, carottes & coriandre, de la marque Atelier Blini » pour cause de présence de Listeria monocytogenes. Cette fois-ci, 10 lots sont rappelés ! La DGCCRF avait publié un avis de rappel le 11 octobre 2018.

Que nous dit cet avis de rappel de la DGCCRF du 19 octobre :

Le 16 août dernier, la direction départementale de la protection des populations (DDPP) du Calvados a été destinataire d’un signalement de la société Delabli relatif à la détection de Listeria monocytogenes dans des falafels de la marque « l’atelier Blini » dans le cadre d’un contrôle de routine.

La bactérie a été retrouvée à un taux supérieur aux limites réglementaires concernant les produits prêts à consommer. Compte tenu du risque de consommation sans réchauffage de ces produits, l’entreprise a alors procédé au retrait et rappel des lots concernés.

Commentaire

C’est le 17 août que la France (via la DGCCRF) a notifié au RASFF de l’UE une alerte, référence 2018.2370, pour la présence de > 1500 ufc/g de Listeria monocytogenes dans des falalels.

C’est effectivement très supérieur « aux limites réglementaires concernant les produits prêts à consommer », et c’est même très élevé…

Un plan d’autocontrôles renforcé a en outre été mis en place en complément des mesures de gestion classiques (nettoyage désinfection, blocage des lots issus des mêmes matières premières).

En date du 11 octobre, les résultats des analyses réalisés par l’entreprise, à la suite de cet événement, sur d’autres lots de falafels a confirmé des niveaux de contamination en Listeria monocytogènes à un niveau supérieur aux limites réglementaires conduisant à la mise en œuvre d’une deuxième opération de retrait-rappel.

Commentaire

Il est fait état des mesures de gestion classiques et de blocage des lots, mais il n’est pas fait état de la maîtrise de l’environnement, à savoir y a-t-il des Listeria dans l’environnement ?

On sait dans ce genre de situation que quand il n‘y a pas de Listeria dans l’environnement il n’y a pas de Listeria dans les produits.

Le (deuxième) rappel du 10 ou du 11 octobre, selon les informations diffusées, n’a pas fait l’objet d’une notification au RASFF de l’UE.

Pourtant, on apprend le 12 octobre 2018 que « Les autorités de sécurité alimentaire luxembourgeoises ont été informés par Auchan du rappel du produit suivant dû à la présence de Listeria monocytogenes ».

Auchan informe et pas la DGCCRF, étonnant, non ?

En date du 16 octobre, des listéria ont également été détectées dans d’autres entrées chaudes commercialisées par la même entreprise (pastillas, accras, samossas) suggérant que l’origine de la contamination n’a pas été correctement maitrisée. Ces éléments conduisent au rappel de l’ensemble des produits dont la DLC est antérieure au 24 novembre inclus.

Commentaire

(…) l’origine de la contamination n’a pas été correctement maitrisée. Ne pas oublier que Listeria monocytogenes survit dans des biofilms complexes après nettoyage et désinfection et Maîtriser Listeria dans les usines d’aliments prêts à consommer : penser aux collecteurs d’eaux usées et aux sols

Le communiqué de la DGCCRF se poursuit en termes très vagues :

Des investigations sont menées pour identifier l’origine de la contamination. Des contrôles renforcés ont été mis en place par l’opérateur.

Enfin, le communiqué se termine par des recommandations aux consommateurs :

Pour rappel, la listériose est une maladie qui peut être grave et dont le délai d’incubation peut aller jusqu’à huit semaines. Les symptômes habituels sont une fièvre plus ou moins élevée, accompagnée de maux de tête et parfois de troubles digestifs (nausées, diarrhées, vomissements). Des complications neurologiques (méningite, encéphalite) peuvent également survenir dans certains cas. Les femmes enceintes, chez qui les conséquences de la listériose peuvent être graves pour l’enfant à naître, doivent être particulièrement attentives à ces symptômes, ainsi que les personnes immunodéprimées et les personnes âgés. Des éléments complémentaires sont disponibles à l’adresse : https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/article/listeriose

On pourrait qualifier ce communiqué de la DGCCRF de préventif dans l’attente d’éventuels soucis épidémiologiques, ce qui pourrait vouloir signifier : « nous avons été présents »… sous-entendu : contrairement à d’autres services, voir l’épisode de guerre des polices, notamment dans la crise Lactalis…

Voilà deux mois au moins que le problème persiste dans cette entreprise… et ce n’est pas bon signe…

Après la diffusion de mon article Houston, nous avons un problème : deux rappels pour cause de Listeria en moins de deux mois dans deux entreprises alimentaires distinctes, on n’a pas vraiment de réponse des pouvoirs publics, je serai tenté de dire comme d’hab ; quant à l’entreprise alimentaire, elle est prise d’une absence de prise de parole assez inquiétante…, ce n’est donc pas à cette entreprise que l’on posera cette question : La communication de crise est nécessaire mais est-elle suffisante ?

Il faut enfin rappeler qu’en France, selon le site Oulah!, il y a eu 260 avis de rappels au 19 octobre 2018 versus 192 avis de rappel pour toute l’année 2017, un record donc, dont 89 (34,2%) avis de rappel pour cause de présence de Listeria monocytogenes.

Au niveau du RASFF de l’UE en 2018, il y a eu, pour les produits d’origine France, 173 notifications au 19 octobre 2018 versus 133 notifications pour toute l’année 2017, dont 18 notifications pour cause de présence de Listeria monocytogenes dont 11 notifications rapportées par la France.

par Albert Amgar*

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d’une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n’exerce plus aujourd’hui, car retraité. Au travers de son blog il nous a livré des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments.