Le journaliste Jean-Baptiste Malet a enquêté deux ans sur les dessous peu reluisants de la tomate d’industrie, celle des pizzas et du ketchup. Révélations

D’où est venu votre intérêt pour la tomate et surtout sa filière économique ?

En 2011, j’ai découvert que la conserverie Le Cabanon dans le Vaucluse avait été rachetée par l’armée chinoise en 2004. Étonne par la présence de l’Armée populaire dans un domaine si éloigné des préoccupations militaires, j’ai demandé à rencontrer les dirigeants de l’entreprise chinoise.
Devant leur refus de me recevoir, je me suis rendu sur place. Imaginez ma surprise quand j’ai aperçu, à travers les grilles, des grands barils bleus de 230 kilos de triple concentré, étiquetés “Made in China”. Cette découverte m’a hanté et j’ai eu envie de remonter la filière. Pourquoi des fûts “Made in China” en pleine Provence ?

Qu’appelez-vous la tomate d’industrie ? Et qu’a-t-elle de différent avec le fruit que l’on connaît ?

La tomate d’industrie est à la tomate fraîche ce qu’une pomme est à une poire, elle est plus lourde car moins gorgée d’eau, sa peau est très dure pour pouvoir supporter les longs voyages en camions et le maniement des machines. C’est un autre fruit, une autre géopolitique, un autre business que celui de la tomate dite de bouche. Cette tomate est étudiée pour être transformée en usine.
Toute l’humanité consomme de la tomate d’industrie. C’est la marchandise la plus accessible de l’ère capitaliste. Même les plus pauvres, sur la planète – ceux qui vivent avec moins d’un dollar par jour – en consomment. Cette industrie pèse 10 milliards de dollars.

Quel a été l’impact de l’émergence de la Chine sur le marché ?

Les industriels italiens sont à l’origine de l’émergence de la Chine comme acteur majeur de la filière tomate. Ce sont eux qui sont allés équiper la Chine. Ils ont réceptionné les premières productions de concentré et l’Italie a longtemps été la destination numéro une du concentré chinois.

(Source midilibre.fr)

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