Le 12 juillet dernier, un rappel national pour du lait « Eveil Croissance Nature de Lactel » est signalé et diffusé par une grande partie des distributeurs français et médias. Le sujet est sensible car les parents, les consommateurs ont encore en tête le rappel de lots de « laits infantiles contaminés par des salmonelles » et fabriqués dans l’usine Lactalis de Craon, en décembre 2017.

Une nouvelle fois, à croire que les erreurs du passé ne servent pas de leçons, Lactalis n’a pas été à la hauteur du problème, avec comme possible conséquence, une mise en danger de jeunes enfants.

Le 11 juillet

Il suffit de taper « Eveil Croissance Nature de Lactel » sur Google Actualités pour voir à quel point la couverture médiatique de ce rappel est au rendez-vous. Tant mieux pour les consommateurs qui d’habitude font face à une « pénurie » d’informations en matière de rappels de produits. Rappelons que chaque semaine, c’est une moyenne de 14 produits (alimentaires et autres) qui sont rappelés en France et qui ne font pas l’objet d’un tel « engouement » médiatique.

Mais là, comme il est dit plus haut, le sujet est sensible car il s’agit de « lait pour bébés » et la fameuse affaire Lactalis de décembre 2017, nous revient rapidement à l’esprit.

Cette fois-ci, il ne s’agit pas de Salmonelles qui sont à l’origine du rappel mais de « présence éventuelle de moisissures à l’extérieur de la bouteille autour du goulot » sur des lots d’Eveil Croissance Nature de Lactel petit format 250mL (DDM :11/09/2019 – 26/09/2019 – 14/10/2019).

Considérant qu’une contamination du produit est possible à l’utilisation, le rendant impropre à la consommation, la société Lactalis demande aux familles de ne pas les consommer et de prendre contact avec le service consommateurs.

Une histoire de moisissures qui traîne depuis 2 mois déjà !

En effet, ce problème de moisissures, Oulah! en était informé, dès le 24 mai 2019, par le biais de Sylvie V. (le nom de cette source a été changé pour préserver son anonymat, NDLR), une consommatrice comme les autres.

L’histoire commence le 18 mai 2019, Sylvie V. fait consommer ce lait à un enfant et s’aperçoit par la suite de la présence de moisissures à l’extérieur des bouteilles, autour du goulot. En urgence, elle appelle le service anti-poison et dans la foulée, vérifie s’il existe un rappel de produit à ce sujet. Négatif, il n’y a rien pour l’instant.
A ce moment-là, peut-être que Sylvie V. est la première personne en France à être face à un problème qui se transformera en rappel de produit 2 mois plus tard.
Le même jour, Sylvie V. tente de joindre le service consommateur de Lactel. C’est un samedi et le service est fermé. Toutefois il y a « normalement » une personne d’astreinte mais celle-ci ne décroche jamais le téléphone. (3 heures d’essai d’appels en vain).
Afin d’informer un maximum de personnes de sa mésaventure, elle décide donc de rédiger un post d’appel à la vigilance sur Facebook et sur différents groupes, forums de jeunes mamans.
Le même jour, Sylvie V. tente de joindre diverses associations de consommateurs et la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) en vain. Le samedi, c’est bien connu, ne demandez pas de l’aide …

Photo prise par Sylvie V., le 18 mai 2019

Avec une histoire personnelle dramatique, qui a vu la perte d’un bébé, Sylvie V. sait à quel point les enfants et surtout les plus petits sont très vulnérables. Une de ses filles, infirmière en hématologie et oncologie pédiatrique va jusqu’à lui expliquer les risques d’une contamination sur un enfant souffrant d’une maladie auto-immune.

La journée n’est pas terminée, Sylvie V. ne lâche rien, bien au contraire.

Grâce à des recherches sur internet, elle réussit à savoir où est produit le lait et arrive enfin à joindre une personne sur le site de production. L’employée est à l’écoute, note les données des bouteilles et lui explique qu’elle est surprise du V4 noté sur celles-ci. Normalement les petites bouteilles doivent être conditionnées en V6 vu leurs tailles. (V4 ou V6 indiquent la chaîne de production). Elle prend les cordonnées de Sylvie et lui promet de joindre un des responsable au plus vite.

En effet, dans l’après-midi, Cécile Cochais (Directrice Qualité chez Lactel) lui envoie un SMS, lui conseillant de ne pas consommer le lait, s’excusant du désagrément et l’informant que le service consommateur la recontactera le lundi pour un dédommagement et que si elle désirait ne pas attendre le lundi, il suffisait de lui faire savoir.

Dès le lundi 20 mai, comme promis par Cécile Cochais (Directeur Qualité chez Lactel), le service consommation de Lactel contacte Sylvie V., par téléphone, pour plus d’explications au sujet de « son » problème et pour parler des indemnisations …
Des échanges de mails se font entre le service consommation et Sylvie avec notamment l’envoi de photos attestant de la présence de moisissures à l’extérieur de la bouteille autour du goulot.

Le 23 mai, Sylvie V. reçoit une lettre de Lactalis. La multinationale s’excuse, explique son « sérieux », que les produits ne sont mis en vente qu’après avoir vérifié leur conformité. (C’est le minimum que l’on attend d’une entreprise comme Lactalis, NDLR) et que ses photos ont été transmises au service qualité. Lactalis pense que les traces de moisissures sont postérieures à la stérilisation et au conditionnement et qu’un sur-remplissage aurait provoqué un écoulement entraînant ainsi un développement de moisissures.
Sylvie V. reçoit 6 bons de réductions de 2 €. De quoi calmer les ardeurs de notre consommatrice ?

Le 24 mai, Sylvie V. se rend dans son magasin d’achat, le Super U 95 de La Frette-sur-Seine pour rapporter les bouteilles et vérifier s’il en restait en rayon. On n’est jamais mieux servi que par soi-même …

Elle apprend que ce magasin en commande très peu et que tous les packs ont déjà été vendus. A sa grande surprise, elle apprend aussi qu’une demande de retrait des lots de laits incriminés a été faite par Lactalis auprès du magasin mais sans aucune note ou rappel à l’attention des consommateurs.

Dès le 25 mai, Sylvie V. reprend sa croisade sur Facebook et poste de nouveaux appels à la vigilance adressés aux jeunes parents. Elle y parle de son expérience, de la demande de retrait dans « son » Super U et de la non-communication auprès du public de la part de Lactalis.

Un jour sans fin

Une nouvelle fois, aucune mesure de précaution n’a été appliquée. Comment une entreprise comme Lactalis, empêtrée dans une affaire de lait contaminé aux salmonelles, il y a de ça un peu plus d’un an, a attendu aussi longtemps pour rappeler, dans toute la France, son lait « Eveil Croissance Nature de Lactel » alors que dès le 18 mai, le service qualité de Lactel était au courant d’un problème sur certaines bouteilles ?

Il faut attendre le 11 juillet dernier, soit presque 2 mois après la découverte de moisissures par Sylvie V., pour qu’enfin un rappel voit le jour et informe l’ensemble de la population d’une possible contamination de leurs produits. Preuve est qu’il existe bien un dysfonctionnement ou un « art » à minimiser les choses chez Lactalis.


par
Franck Valayer
Fondateur et Directeur de publication de Oulah!