Le Collectif Science-Technologies-Actions (STA) dénonce les chiffres sans crédibilité scientifique de la dernière « enquête » alarmiste de l’organisation anti-pesticides Générations Futures (GF) publié le 4 septembre 2018 au sujet de résidus de pesticides soi-disant « perturbateurs endocriniens ».

GF prétend démontrer, à partir des suivis réalisés par l’EFSA (Autorité Européenne pour la Sécurité Alimentaire), que notre alimentation serait gorgée de résidus de pesticides perturbateurs endocriniens. Plus précisément, GF prétend que 60% des résidus de pesticides trouvés par l’EFSA seraient des perturbateurs endocriniens. STA a examiné cette « enquête » de manière critique.

On peut tout d’abord s’étonner que des produits dangereux s’inviteraient de façon aussi massive dans notre alimentation, alors que leur mise en marché est sévèrement réglementée. S’agit-il de résidus de pesticides interdits en France ou en Europe ? Pas du tout, la présence de produits interdits dans les suivis de l’EFSA est rarissime. En fait, GF fait allusion à la présence de résidus de produits tout-à-fait légaux et présents dans 44,5% des cas à l’état de traces inférieures aux limites légales fixées par les autorités européennes et françaises.
Alors pourquoi parler de produits perturbateurs endocriniens ? De fait, GF se réfère simplement à une liste de « perturbateurs endocriniens suspectés » définie par l’ONG TEDX, qui n’a aucun mandat officiel pour ce travail.

Le grand public peut être induit en erreur par le fait que « Cette liste TEDX recense 1.457 molécules ou familles de molécules, pour lesquelles au moins une étude universitaire publiée dans une revue scientifique, montrait un effet de perturbation endocrinienne »[i]. En réalité, en biologie, le résultat d’une expérience toxicologique est considéré comme statistiquement significatif si la probabilité que ce résultat soit dû au hasard est inférieure à 5%. Ce qui revient à dire qu’il y a une chance sur 20 que ce résultat soit erroné (en raison des fluctuations inhérentes au vivant[ii]). C’est pourquoi les lignes directrices européennes recommandent de ne prendre en compte que les résultats observés dans au moins 2 études indépendantes. Se baser sur un résultat isolé, comme le fait GF à partir de la liste TEDX, relève clairement de la manipulation pseudoscientifique.

STA dénonce cette caricature du travail des agences sanitaires, exploitant les aléas inévitables de l’expérimentation biologique, pour semer le doute dans l’esprit des citoyens, alors que le but de l’expertise sanitaire est justement d’identifier les résultats fiables permettant de lever ces doutes.

STA réaffirme avec force la qualité du travail des agences officielles d’évaluation des risques, qui protègent les consommateurs.

Philippe Stoop du Collectif Science-Technologies-Actions
Philippe Stoop est Docteur, Ingénieur en agronomie, Directeur Recherche et Développement de la société ITK et membre correspondant de l’Académie d’Agriculture
Tél. 06 70 02 90 17
Courriel : philippe.stoop@itk.fr



Science-Technologies-Actions
est un Collectif dont le but est de défendre et promouvoir la Science dans le débat public

Blog STA : https://sciencetechaction.tumblr.com/

Le Collectif STA réunit chercheurs, ingénieurs, techniciens, médecins, enseignants, agriculteurs et autres citoyens décidés à faire entendre la voix de la raison, de l’approche scientifique et de l’utilisation raisonnée des technologies de progrès, notamment auprès des décideurs politiques et des médias.

[i] https://www.20minutes.fr/planete/2330735-20180904-perturbateurs-endocriniens-contamination-alimentation-prendre-compte-urgence

[ii] http://www.forumphyto.fr/2016/04/01/la-peche-aux-alphas-non-ce-nest-pas-un-poisson-davril/