Je le sais bien, demain tout ira bien ou mieux, quand il y aura un site unique de rappel des produits alimentaires et que nos autorités auront réalisé « la mise à jour dans les meilleurs délais du guide d’aide à la gestion des alertes d’origine alimentaire rédigé par la DGCCRF, la DGS et la DGAl. »

Tous ces aimables vœux auxquels on est prié de croire « dans les meilleurs délais » sont issus du Rapport de la Commission d’enquête chargée de tirer les enseignements de l’affaire Lactalis et d’étudier à cet effet les dysfonctionnements des systèmes de contrôle et d’information, de la production à la distribution, et l’effectivité des décisions publiques…

Il vous faut savoir que le sujet des rappels de produits alimentaires en France demeure toujours un sujet surprenant, et dans l’attente d’une éventuelle évolution voire amélioration selon ce fameux rapport, il est un sujet constant d’inquiétude pour le consommateur lambda français ; jugez plutôt avec la communication de quelques récents avis de rappel…

Communication et transparence insuffisantes, et retard, sont les mamelles des problèmes des avis de rappels des produits alimentaires en France et je ne sais si demain tout cela sera pris en compte…

Voici deux exemples très récents parmi d’autres :

1. Publié par la DGCCRF le 3 septembre 2018, il y a ce « rappel des nouilles préparées de la marque NISSIN », dont on nous dit que cela concerne « plusieurs saveurs et lots ».

Pour le risque consommateur, il s’agit de la « présence de corps étrangers », sans plus de précision…

Notons au passage que l’entreprise NISSIN ne fait pas le job et n’informe pas de ce rappel sur son site internet, mais cela est une spécialité bien connue de nombreuses entreprises alimentaires françaises et étrangères… manque de transparence oblige…

Cela étant, en Suisse, selon ce site, une information du 30 août 2018 nous apprend :

Rappel de produit: possibles éclats de verre dans le produit « Cup Noodles, épicé » de la marque Nissin.

Un rappel a été initié par Migros où l’on apprend dans son communiqué :

Le fournisseur alimentaire Gustav Gerig AG a informé Migros que de petits éclats de verre pouvaient être présents dans le produit « Cup Noodles, épicé » Nissin. Ce produit faisant partie de l’assortiment de Migros et de Migrolino, ceux-ci sont concernés par le rappel. Il est demandé aux clients de ne pas consommer les produits concernés et de les rapporter au magasin.

Par ailleurs, le fournisseur en question a créé une hotline, mais pour les consommateurs suisses !

En France, rien de tout cela, certes l’information est diffusée par la DGCCRF, mais avec quatre jours de retard par rapport à la Suisse ; il faut dire que pendant les week-ends, les avis de rappels sont en stand-by – absence de permanence (?) – et le consommateur français ne connaîtra donc pas la cause exacte de ce rappel, ni où le produit a été distribué…

Faut-il créer une commission d’enquête pour ce retard et ce manque d’information ?

2. Autre exemple d’avis de rappel qui aurait pu être publié dans les temps par le ministère de l’agriculture dans sa rubrique Alerte alimentation ; mais, hélas, il n’en a rien été… pourquoi ? Il faudrait leur demander…

De quoi s’agit-il ?

Sur le site Oulah! du 31 août 2018 est publié un avis de rappel de fromage au lait cru 200g LE CHEVROT de Sèvre et Belle. Sur le site d’Auchan, la date est le 30 août 2018 !

Notons que le 3 septembre ce produit a fait l’objet d’une notification d’alerte par la France au RASFF de l’UE, référence 2018.2478, et que le 4 septembre 2018 est publié un avis de rappel sur le site du ministère de l’agriculture, mais là aussi avec quatre jours de retard… comme pour l’avis diffusé par la DGCCRF…

Le communiqué de rappel rapporte qu’« un contrôle a mis en évidence » :

…la présence de Escherichia coli O103:H2, une bactérie susceptible de provoquer des troubles graves chez toute personne consommant ce produit cru ou insuffisamment cuit.

Ce que semble vouloir nous dire le communiqué de rappel est une totale nouveauté, décidément les discours des communiqués de rappel valent bien une messe…

Ainsi, si on achète un fromage de chèvre au lait cru, ce n’est pas, comme vous le pensez, pour le manger cru, car désormais si l’on veut manger du fromage de chèvre au lait cru en toute sécurité, il vous faut le faire cuire suffisamment… c’est de mieux en mieux…

Il semble que ce genre de discours, complètement hors de propos, est en droite ligne sorti de l’esprit tordu d’une société de com, car il est l’exacte traduction d’un communiqué de rappel de viandes ou de steaks hachés, il ne manque plus que la mention « Faire cuire à cœur le fromage au lait cru ! »

On pourra vérifier cela en comparant le texte de ce rappel avec celui du dernier communiqué de rappel de viandes hachées réfrigérées en France le 6 juillet 2018

D’une façon générale, il convient de rappeler que la cuisson à cœur (c’est-à-dire la disparition de la couleur rosée) des viandes hachées et produits à base de steaks hachés permet de prévenir les conséquences d’une telle contamination. Ces recommandations quant à la cuisson à cœur sont d’autant plus appropriées lorsque la viande est destinée à des personnes sensibles et notamment les jeunes enfants et les personnes âgées.

A noter tout de même que le communiqué de la Coopérative Laitière de la Sèvre diffusé sur le site Internet du ministère de l’agriculture le 4 septembre ne comporte plus la mention proposée le 30 août sur le site d’Auchan et indiquant « la présence de Escherichia coli O103:H2, une bactérie susceptible de provoquer des troubles graves chez toute personne consommant ce produit cru ou insuffisamment cuit. »

On l’a échappé belle… mais est-ce si compliqué de mieux faire ?

par Albert Amgar*

* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d’une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n’exerce plus aujourd’hui, car retraité. Au travers de son blog il nous a livré des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments.