Actuellement en version béta en région Centre Val de Loire, l’application web Signal Conso mise au point par la DGCCRF (direction générale de la Concurrence, la Consommation et la Répression des fraudes) voit enfin le jour après des mois de suspense « intenable ». Son déploiement, prévu sur toute la France fin 2019 marquera-t-il un véritable changement dans les habitudes des consommateurs et surtout saura-t-elle répondre à leurs attentes sur le plan de la sécurité alimentaire ?

Comment ça marche ?

De la publicité mensongère, au manque d’hygiène en passant par les intoxications alimentaires et les problèmes de prix, le consommateur a en sa possession aujourd’hui avec Signal Conso, un véritable outil qui va lui permettre de signaler toute sorte de problèmes observés dans un magasin, commerces de proximité, cafés, restaurants etc.

Le fonctionnement de cette  application web (NDLR Une application web désigne un logiciel applicatif hébergé sur un serveur et accessible via un navigateur web ) est simple :

• Vous signalez votre problème en remplissant le formulaire en ligne. Suivant les cas, le site vous conseille sur les démarches à faire en parallèle de votre signalement. Il vous donne également des informations sur vos droits.

• L’équipe de Signal Conso contacte le commerçant afin de l’informer de votre signalement (de façon anonyme). Le commerçant, s’il le souhaite, peut procéder spontanément aux corrections utiles, sans sanction.

• Si vous avez choisi de transmettre vos coordonnées au commerçant, alors celui-ci pourra vous recontacter et vous tenir au courant de la situation.

• Votre signalement est enregistré dans la base de données de la répression des fraudes (DGCCRF).

• Les signalements deviennent trop nombreux sur un établissement ? La situation perdure dans le temps malgré l’action de Signal Conso ? Une alerte est envoyée aux enquêteurs afin qu’ils procèdent à un contrôle.

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Les limites

Dans un article de francebleu.fr, Magali Marcel-Garreau, responsable du projet à la DGCCRF, explique : « Dès qu’une anomalie est signalée, le commerçant est informé. Charge à lui de procéder à un changement. Il peut même répondre via l’application au consommateur qui l’a mis en cause ».

C’est à partir de là, que nous commençons à voir les limites d’un tel outil.

En effet, comment croire une seule seconde que le commerçant va tenir compte de ces signalements ? Qui va s’assurer que l’anomalie observée va être réparée ?

Le consommateur, en plus de son étiquette de consommateur, se voit rajouter celle de lanceur d’alertes puis d’inspecteur car lui seul dans ce cas-là pourra s’assurer de la prise en compte de son signalement. C’est une aubaine pour le Ministère de l’Économie et des Finances‏, qui selon le syndicat SOLIDAIRES, va supprimer 45 postes d’agents par an jusqu’en 2022.
D’où une question légitime, Signal Conso est-il réellement un outil au service des consommateurs ou juste une façon déguisée de démanteler un service public ?

Magali Marcel-Garreau (DGCCRF) explique, également, que cette application va permettre de mieux cibler les contrôles de la DGCCRF. Mais ces contrôles n’auront lieu que si les observations des clients, consommateurs, sont récurrentes. On est en droit se demander ce qui se cache derrière le mot récurrence. Vat-il falloir attendre 50, 100 signalements du même problème afin de voir les agents de la DGCCRF procéder à un contrôle ?

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La rançon de la gloire

En quelques semaines, le succès de Signal Conso s’est avéré. Un succès par le nombre de signalements qui dépasse les 200 enregistrements alors que l’appli a été lancée, dans la plus grande discrétion, dans la Région Centre Val de Loire avant d’être déployée prochainement dans toute la France.

Pour un départ, ça commence fort !

Mais à quoi faudra t-il s’attendre lorsque la mise en service officielle de cet outil sera effective ? La réponse est simple : des milliers et des milliers de signalements vont s’accumuler et vont attendre d’être traités comme c’est le cas aujourd’hui avec les 200 de la Région Centre Val de Loire.
Traiter des centaines, voire des milliers de signalements par semaine, par mois, demande d’avoir une réponse à la hauteur des attentes des consommateurs. Le démantèlement de la DGCCRF, comme signalé plus haut dans l’article,  est loin de nous rassurer quand à sa puissance de feu à pouvoir y répondre et ce n’est certainement pas la start-up en charge de Signal Conso qui va faire le travail.

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Les consommateurs n’ont jamais demandé un tel outil

Suite à l’affaire Lactalis, qui a vu plusieurs dizaines de nourrissons contaminés à la salmonelle présente dans du lait produit dans l’usine de lait infantile Lactalis à Craon, les consommateurs, par le biais des diverses associations de consommateurs comme la CLCV, ont demandé la mise en place d’un site internet « officiel unique » et non pas d’un outil de « réclamation » comme l’est Signal Conso.

Signaler un problème, était déjà possible (de façon peu sexy) sur le site de la DGCCRF (voir ici) et les consommateurs, eux, veulent juste être informés de façon rapide et claire. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, du moins du côté des autorités sanitaires.

Si l’affaire Lactalis est l’épicentre de cette problématique pour ces  5 dernières années, de nombreuses affaires de contamination sont passées inaperçues auprès du grand public par manque de communication et d’outils pouvant pallier à cette carence des pouvoirs publics.

Heureusement pour les consommateurs il existe Oulah!, initiative citoyenne et seule plateforme entièrement consacrée aux rappels de produits en France. Oulah !, en 2018, a répertorié plus de 1000 produits rappelés sur tout le territoire (voir ici).

Malgré ce travail énorme de recensement, Oulah! ne propose pas une liste exhaustive des rappels de produits en France. Mais Oulah! a le mérite d’en proposer une bien plus complète que celles des sites de l’UFC Que Choisir, de 60 millions de consommateurs et surtout des sites de la DGCCRF et du Ministère de l’Agriculture et de la Santé, qui sont censés être les références sur lesquelles on devrait avoir des infos officielles de qualité.

Au passage, rappelons que derrière Oulah ! , il n’y a pas de team mais seulement une personne, moi-même, qui ai su avec ses petits moyens répondre aux vraies attentes des consommateurs.

Pas évident de dire qu’il en est de même pour Signal Conso !

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par
Franck Valayer
Fondateur et Directeur de publication de Oulah!