Depuis quelques mois, de plus en plus de rappels de produits d’ustensiles et de vaisselles en bambou sont signalés par le site Oulah! Quid de ces produits qui sont devenus une mode chez les consommateurs ?

La publication 60 millions de consommateurs rapporte le 27 janvier 2020, Prudence avec la vaisselle en bambou.

Il est indiqué que « … ces derniers mois, plus d’une dizaine de rappel ont concerné des articles de puériculture (sets d’assiettes et verres), de la vaisselle de pique-nique, des « lunch box » et autres. »

À l’origine de ces rappels, la DGCCRF pointe, dans la quasi-totalité des cas, une « migration de composants [vers] les aliments » et un « risque chimique ». Mauvaise surprise…

Sachant que le bambou est une plante, et non un bois, cela impacte la fabrication du matériau. « Alors que le bois peut être un matériau unique, par exemple taillé en forme de cuillère ou de saladier, le bambou est utilisé sous forme de fibres ou de poudre, nécessitant d’être agglomérées », explique Anne Lafourcade, ingénieure en santé environnementale.

Des composants toxiques pour les reins ou cancérogènes

En guise de liant, les fabricants utilisent le plus souvent une résine plastique de mélamine-formaldéhyde – ce que l’on appelle « mélamine » dans le langage courant. Cette résine est normalement inoffensive.

Mais en cas de piètre qualité, elle relargue ses composants dans les aliments. Or, au-delà des seuils autorisés de migration, la mélamine peut être toxique pour les reins, et le formaldéhyde est reconnu cancérogène.

En 2013, la DGCCRF « a mené une enquête afin de contrôler l’aptitude au contact alimentaire des objets en bois et en bambou ainsi que le respect de la réglementation générale relative au contact alimentaire. »

Les contrôles se sont déroulés chez les responsables de la première mise sur le marché (fabricants et transformateurs, importateurs et introducteurs identifiés, notamment chez les importateurs de produits d’Asie du Sud-Est) et à la distribution (vente d’ustensiles de cuisine et d’articles de table au détail, vente aux professionnels de l’agroalimentaire, enseignes à marque culinaire, jardineries ou enseignes de vente à distance).

Les manquements constatés portent en premier lieu sur l’étiquetage, absent ou incomplet. S’agissant de l’aptitude au contact alimentaire des produits, le taux d’anomalie est de 13,8 % et ne concerne que des objets en bambou, avec par exemple la migration de formaldéhyde ou de phtalates.

Depuis l’an dernier, les pays de l’Union européenne, dont la France, ont accru leurs contrôles sur les produits en « plastiques non conventionnels » tels que le bambou mélaminé.

Un processus de fabrication mal maîtrisé

Les résultats sont plutôt inquiétants : « Pour un même objet, on observe des taux de migration très variables d’un lot à l’autre », explique Pascale Lambert, experte contact alimentaire au laboratoire SGS de Rouen. Celui-ci a publié, en juillet dernier, une alerte sur les produits fabriqués à base de fibre de bambou et de mélamine.

Mais pourquoi une telle variabilité ? « Il y a une mauvaise maîtrise du processus de fabrication, reprend l’experte. Le mélange de la poudre de bambou et de la mélamine n’étant pas homogène, celle-ci reste en partie libre et « s’échappe » ainsi du matériau. »

Le BfR n’évoque pas que la prudence avec la vaisselle en bambou mais indique « N’utilisez pas de vaisselle en « bambou » pour les boissons chaudes et les repas », avis du BfR 47/2019 du 25 novembre 2019. Il s’agit d’une évaluation du BfR à propos de la libération excessive de formaldéhyde et de mélamine.

Qu’il s’agisse de gobelets ou de mugs pour café à emporter réutilisables ou de tasses et de bols à motifs d’animaux – la vente au détail propose une variété de vaisselle en résine mélamine-formaldéhyde (MF) (appelées aussi mélamine -aa), même pour les enfants.

Le matériau est léger et incassable. Lorsqu’il contient des fibres de bambou comme matière de remplissage, il est souvent annoncé comme « articles en bambou ». « Cependant, d’un point de vue sanitaire, ces produits ne sont pas toujours adaptés à une utilisation en tant que vaisselle », explique le président du BfR, le professeur Andreas Hensel.

Cela est dû au fait qu’à des températures plus élevées, des quantités nocives de mélamine et de formaldéhyde peuvent migrer de la vaisselle vers les aliments. Cela a été démontré dans l’évaluation toxicologique des données des laboratoires officiels de contrôle des États fédéraux ainsi que des données propres du BfR.

« Et il y a une autre raison pour laquelle ces objets en plastique ne conviennent pas aux liquides chauds tels que le café, le thé ou les aliments pour bébés », poursuit Hensel.

En plus des niveaux élevés de libération de formaldéhyde et de mélamine, les tests à long terme du BfR ont montré que le plastique se dégrade lorsqu’il est en contact avec des liquides chauds.

Souvent, « les articles en bambou » libèrent des quantités encore plus élevées de formaldéhyde et de mélamine dangereux que les tasses MF « conventionnelles » », poursuit Hensel.

Dans certains cas, les valeurs indicatives basées sur la santé ont été dépassées jusqu’à 120 fois. Par contre, la vaisselle fabriquée de MF est bien adapté aux aliments froids ou tièdes. Souvent, les produits « en bambou » sont annoncés comme respectueux de l’environnement, biodégradables ou fabriqués exclusivement à partir de matières premières renouvelables. Cependant, le MF est un plastique non biodégradable, même si des support naturels y sont ajoutées.

Voir l’avis complet du BfR n°046/2019 du 25 novembre 2019,Fillable articles made from melamine formaldehyde resin, such as coffee-to-go cups sold as ‘bambooware’, may leak harmful substances into hot foods(Les articles remplissables en résine mélamine-formaldéhyde, comme des tasses à café à emporter vendues comme étant en « bambou », peuvent laisser s’échapper des substances dangereuses dans les aliments chauds).

On lira aussi l’article très documenté de Ouest-FranceVoici pourquoi il faut se méfier des ustensiles et de la vaisselle en bambou.
Enfin, si vous envisagez d’acheter une planche à découper en bambou, lisez auparavant l’article Les planches à découper en bois, pour une bonne hygiène dans votre cuisine !

Last but not the least, méfiez-vous du Clean Label …


par Albert Amgar*
* Albert Amgar a été pendant 21 ans le dirigeant d’une entreprise de services aux entreprises alimentaires ; il n’exerce plus aujourd’hui, car retraité. Au travers de son blog il nous a livré des informations dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité des aliments.